Avant Dire
Depuis un certain temps, après la lecture
des ouvrages poétiques de Giovanni Dotoli,
la question se posait à moi. Comment "dire",
comment exprimer, autrement qu'à travers des
articles ou des études forcément didactiques,
les sentiments multiples, contradictoires parfois,
souvent chaleureux jusqu'à l’enthousiasme,
que suscitent en moi les vers de notre ami? Je dis
bien "notre" ami, car celui ou celle qui
rencontre Dotoli ne peut être qu'entouré
de générosité, enveloppé
de chaleur humaine dès le premier instant.
C'est ce qui m'arriva, il y a quelques années,
lorsque le peintre François Chapuis nous fit
faire connaissance dans son atelier de la rue Saint-Dominique,
à Paris. Rencontre "historique" diront
certains, et ils auraient sans doute raison, car,
depuis, et malgré la disparition prématurée
de François, nous n'avons cessé de correspondre
soit par lettre, soit par téléphone,
d'échanger nos productions littéraires,
de partager nos idées... et de nous rencontrer,
souvent avec notre compère et ami Salah Stétié,
poète francophone venu de l'autre rive de "mare
nostrum".
Ma soif, mon désir
de rendre hommage à Giovanni cherchaient un
moyen d'expression autre que la prose - si chaleureuse
ou si savante soit-elle - pour dire ce que je ressentais
profondément face à sa Poésie.
Poésie, le mot était lâché
! C'est donc en Poésie qu’il me fallait
écrire ce que j’éprouvais si intimement,
car seule, elle pouvait m'offrir un champ (un chant)
assez large pour rencontrer Giovanni Dotoli et le
découvrir dans les replis les plus secrets
de son être. Tâche, ô combien délicate
et ambitieuse! Ainsi naquirent les pages qui suivent,
dédiées autant à l'homme qu'au
poète, à l'ami qu'à l'amoureux
et au défenseur de notre langue, aède
bilingue devenu une sorte de phare veillant sur nos
deux cultures italienne et française.
Je confie donc ces pages
aux lecteurs, souhaitant qu'ils y trouvent - au-delà
de l'hommage - le soufflé, la légèreté
et la transparente luminosité de l'oeuvre poétique
de Giovanni Dotoli.
Jehan Despert
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